Peut-on mieux déguster un vin grâce au yoga ?

Peut-on mieux déguster un vin grâce au yoga ?

Et si tu pouvais mieux déguster ton vin… juste en respirant différemment ?

Avant de goûter un vin, tu as surement le même réflexe que tout le monde : tu approches le verre, tu sens… et tu cherches à capter quelque chose.

Ce que tu ne sais peut-être pas, c’est que la respiration ne sert pas seulement à faire monter les arômes jusqu’au nez. Elle influence aussi directement ta capacité à penser, percevoir et te souvenir… et donc potentiellement la façon dont tu dégustes.

Respirer, ce n’est pas juste ventiler. En neurosciences, la respiration est considérée comme un rythme fondamental du corps qui coordonne l’activité du cerveau dans des régions impliquées dans l’attention, la mémoire et les émotions (Heck et al., 2017).

Inspirer au bon moment te rend plus réceptif

Inspirer au bon moment te rend plus réceptif

Des chercheurs ont montré un phénomène assez étonnant : le simple fait d’être au début d’une inspiration nasale peut améliorer certaines performances cognitives.

Il y a une expérience assez parlante là-dessus (Zelano et al., 2016). Des chercheurs ont montré des images à des participants, à deux moments différents : soit au début d’une inspiration, soit au début d’une expiration. Quelques minutes plus tard, ils leur ont demandé ce dont ils se souvenaient.Résultat : les images vues pendant l’inspiration étaient mieux mémorisées.

Concrètement, ça veut dire quoi ? Qu’inspirer permet à ton cerveau d’être plus disponible pour enregistrer ce qui se passe.

Comment mettre ça en pratique lors d’une dégustation ? En prenant des inspirations profondes pendant que tu dégustes un vin, quand tu approches ton verre mais également quand tu le goûtes, tu vas augmenter tes chances de capter finement les arômes et de mieux t’en souvenir ensuite.

Respirer par le nez favorise ta mémoire du vin

Autre découverte importante : inspirer par le nez ou par la bouche ne provoque pas du tout la même chose dans ton cerveau. Quand l’air passe par le nez, il active directement les circuits liés à la mémoire.

Il y a une expérience intéressante là-dessus (Arshamian et al., 2018). Des participants ont senti différentes odeurs, puis ont fait une pause d’une heure. Pendant cette pause, certains respiraient uniquement par le nez, d’autres par la bouche. Ensuite, on leur a demandé de reconnaître les odeurs qu’ils avaient senties. Résultat : ceux qui avaient respiré par le nez se souvenaient mieux des odeurs.

Cette expérience suggère que le simple fait de respirer par le nez ancre les expériences olfactives en mémoire.

Comment mettre ça en pratique lors d’une dégustation ? Après avoir senti ou goûté un vin, prends quelques secondes sans parler, en faisant attention à respirer lentement par le nez. Ce petit temps de pause va aider ton cerveau à mieux ancrer les arômes que tu viens de percevoir. Un peu comme si tu laissais le temps à ton cerveau de sauvegarder ce que tu viens de sentir.

Ralentir ta respiration t’aide à retrouver les arômes

Quand on essaie de se souvenir d’une odeur, il se passe quelque chose de surprenant.

Dans plusieurs études, les participants adoptent spontanément une respiration plus lente et plus profonde quand ils arrivent à retrouver un souvenir olfactif (Saive et al., 2014 ; Masaoka et al., 2012). Comme si ce rythme facilitait l’accès aux informations stockées en mémoire.

Et en dégustation, c’est exactement ce que tu fais. Tu sens un vin puis tu cherches : “Attends, ça me rappelle quoi ? Un fruit ? Une épice ? Un souvenir ?”

Comment mettre ça en pratique lors d’une dégustation ? Quand tu dégustes un vin et que tu cherches à mettre des mots sur ce que tu ressens, prends une ou deux inspirations lentes et laisse venir les images, les souvenirs. Ce simple ralentissement peut t’aider à retrouver plus facilement des arômes que tu connais déjà, au lieu de forcer ou de rester bloqué sur un “je sais pas”.

Ce que le yoga pourrait changer dans la dégustation

Dans des pratiques comme le yoga, la méditation ou certaines techniques de respiration, on apprend à ralentir, approfondir et stabiliser le souffle. C’est pas une lubie, ta respiration est directement liée à ton état interne.

Or, ce type de respiration peut agir à plusieurs niveaux utiles pour la dégustation : en calmant l’agitation mentale, en rendant l’attention plus stable, mais aussi en favorisant l’ancrage des perceptions olfactives en mémoire.

Autrement dit, ces pratiques ne changent pas le vin dans le verre. Mais elles changent l’état dans lequel tu es quand tu dégustes un vin, et donc la manière dont tu le perçois, tu l’interprètes et tu t’en souviens.


À propos de l’autrice : Anne-Lise Saive est neuroscientifique, spécialiste de l’olfaction. Elle écrit Flavors of Science, une newsletter sur la façon dont l’odorat façonne la mémoire, les saveurs et la santé. 


Envie de passer de la théorie à la pratique ?

Maintenant que tu sais ce que la respiration peut changer au moment de déguster, reste à tester tout ça. On a sélectionné plusieurs ateliers qui mêlent yoga et dégustation de vin, au cœur des vignes et des domaines. De quoi expérimenter par toi-même.

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